Les gros serveurs vont-ils au paradis ?

Ils sont géants et coupent les jambes de leurs adversaires à coup de couteaux lancés dans le carré de service. Ils raccourcissent le jeu et le brutalisent. Ils déséquilibrent un sport symétrique. Les gros serveurs, du haut de leur double mètre, ne jouent pas le même jeu que les autres. Pour autant, sont-ils si méchants ?  

Il est souvent présenté comme le roi des coups. Alors qu’un bon coup droit peut être contourné, le service est incontournable et périodique. À chaque jeu, au début de chaque point, il exerce son influence royale, décisive et inévitable. Puissant, le service gouverne le jeu tout en étant hors-jeu. Une phase arrêtée, rapide, ponctuelle. D’ailleurs, lorsque deux génies innocents ont inventé les règles du tennis, le service n’était probablement qu’une ouverture au jeu. Aujourd’hui, il est devenu une potentielle fermeture expéditive. La balle est lancée en l’air, puis frappée au sol. Et le spectacle s’arrête là. Le gros serveur, celui qui remporte toutes ses mises en jeu sans avoir à jouer le moindre échange, participe ainsi à tuer le mouvement, brutaliser les courbes et étouffer la variation. Le service ne gouverne plus comme un roi, il dicte comme un dictateur.

Après tout, le tennis a toujours su se nourrir de la variété des styles de jeu. Mais si le phénomène des serveurs géants s’accélérait vraiment ? Autrefois, l’importance de la taille était compensée par la difficulté des géants à aller chercher certaines balles près du sol. Mais l’uniformisation des surfaces de jeu et de leurs rebonds annule progressivement ces effets. Quand tout joueur doit se battre avec une infinité d’éléments, de son coup droit à sa sélection de coups, le gros serveur se bat avec son service. Sont-ils de moins bons tennismen ayant pris un raccourci ? Dénaturent-ils vraiment le jeu ? Tuent-ils le spectacle ? Le raccourci, ici, est de voir dans la figure du gros serveur un grand méchant qui transforme le tennis en une répétition de sets soporifiques qui agonisent au tie-break.

« Je n’ai pas le souvenir de m’être senti aussi impuissant au retour, même sur des secondes balles », avait dit Djokovic après avoir éliminé Raonic de justesse à Rome. Un sentiment montré par les images ci-dessous. Ne clignez pas des yeux, la balle ne traversera pas l’écran. Promis.

Pour lire la suite suivez ce lien : Les gros serveurs vont-ils au paradis ?