Culture tennis : Evolutions des surfaces du Grand Chelem

De l’historique gazon à des surfaces dures plus modernes, en passant par la légendaire terre battue, zoom sur ces revêtements qui font des tennismen de véritables techniciens

Si l’interaction entre la balle et la surface est un des éléments-clés du jeu, les revêtements des courts de tennis présentent certaines caractéristiques – avantages et inconvénients – auxquelles doivent s’adapter les tennismen/women. Les règles de la Fédération Internationale de Tennis (ITF) classent ainsi les surfaces en fonction de leur vitesse : les revêtements lents correspondent ainsi à la terre battue, les surfaces à vitesse moyenne aux terrains en dur tandis que les surfaces rapides sont « attribuées » au gazon.  

L’ère du dur

plexipave (L'Equipe)
Composition d’une surface Plexipave
http://www.plexipave.com.au/

L’US Open – qui se déroulait sur terre battue jusqu’en 1978 – et l’Open d’Australie – qui se disputait sur gazon jusqu’en 1988 – ont finalement tous les deux opté pour une surface “dure”. On parle de Plexicushion à Melbourne et de Decoturf à New York. Ni lentes, ni rapides, ces surfaces sont dites intermédiaires. Leur plus gros désavantage réside certainement dans leur absence d’amorti, les articulations des joueurs n’étant pas du tout protégées. Il est d’ailleurs fréquent qu’ils s’y blessent malgré les avancées technologiques réalisées notamment par la société Plexipave, producteur du système de surface Plexicushion.

Et si la vitesse de la balle est généralement intermédiaire par rapport à la terre battue et au gazon (même si la vitesse ou plutôt la lenteur du gazon se rapproche de plus en plus de la terre battue), elle va dépendre également des matériaux utilisés selon la surface. Car il existe bien plusieurs types de dur : dans le cas du Decoturf américain, de couleur verte ou bleue, la dalle de béton est tapissée d’une couche de résidus de pneus ou de balles usagées avant d’être recouverte d’acrylique, de caoutchouc et d’autres composantes de l’asphalte. Quant au Plexicushion, il est fait d’asphalte ou de béton, revêtu d’une couche d’acrylique et de Plexipave. La différence avec le Decoturf réside dans la quantité de sable contenue dans la peinture, qui confère d’ailleurs à la surface plus ou moins de vitesse. Le Plexicushion est ainsi plus lent que le Decoturf. L’avantage économique de ces revêtements n’est pas négligeable : ils nécessitent moins d’entretien et coûtent moins cher que le gazon et la terre battue.

Dans le petit monde de la balle jaune, on a tendance à dire que les surfaces s’uniformisent. Jo-Wilfried Tsonga estime qu’il est «dommage que les surfaces très rapides disparaissent. On va arriver à un tennis où le plus important est d’avoir quatre poumons, ce sera extrêmement axé sur le physique, et on sait vers quels travers ça peut entraîner le sport.» 

Un gazon de plus en plus lent

Wimbledon. (L'Equipe)

Pour comprendre l’importance de la surface, il suffit d’étudier les vitesses de balle avant et après le rebond. Ainsi, une balle de service frappée à plat aux alentours de 200km/h est ralentie par la résistance de l’air jusqu’à 145 km/h environ dans les fractions de seconde précédant le rebond. Du fait de l’interaction balle/surface, cette vitesse va chuter brusquement à 133km/h après un rebond sur gazon, ou à 108km/h après un rebond sur terre battue. L’écart des vitesses après rebond sur gazon ou sur terre battue est donc de l’ordre de 25km/h. Autrement dit, après rebond, en une seconde, la balle parcourt sept mètres de plus sur gazon. On comprend les difficultés d’adaptation des joueurs, compliquées par les différences de hauteur de rebond et par les effets.

Cette surface rapide qu’est le gazon favorise donc les nombreux aces ainsi que les échanges courts. Ce revêtement est très apprécié des serveurs/volleyeurs, puisqu’il permet de monter au filet sans trop craindre un passing ou un lob de défense du fait de la vitesse de la balle. Enfin, est… Plutôt « était »… En 2001, Wimbledon a décidé de modifier la composition de son gazon pour le rendre plus résistant. Conséquence : une surface plus lente, un sol plus dur et un rebond moins bas. Un gazon supposé moins propice aux attaquants. Pourtant, Goran Ivanisevic, qui l’avait emporté cette année-là, ne jouait pas en fond de court… Mais depuis, les joueurs de ce type ne s’y sont plus imposés.

En France, jouer au gazon reste un luxe. En effet, sur plus de 33 000 courts, seuls 9 seraient « verts », comme au Lagardère Paris Racing (site de la Croix-Catelan dans le Bois de Boulogne) ou à l’Ambassade de Grande-Bretagne… à condition d’avoir une autorisation de l’ambassadeur. Rien que ça. En 2016, 14 nouveaux terrains seront opérationnels du côté du Lawn Tennis Club de Deauville, dans le Calvados.

L’appel de la terre

Rafael Nadal. (L'Equipe)

«De plus en plus de tournois passent de la terre battue au dur, mais le dur est une surface plus agressive et il y a de plus en plus de blessures (…) Il y a quelque chose qui ne va pas là», Rafael Nadal

La terre battue est la surface la plus lente et la plus sensible aux effets. Cette surface particulière rend la pratique du tennis d’autant plus spécifique. Elle favorise de meilleurs appuis, moins brusques que sur les surfaces dures. Grâce à son effet amorti, la surface permet de protéger les joueurs au niveau des articulations. Les blessures sont généralement moins importantes, même s’il faut faire attention aux glissades. Qui dit plus lent dit aussi développement d’un jeu plus… patient.

L’ocre est d’ailleurs connu pour fabriquer de véritables spécialistes, comme Rafael Nadal, qui a d’ailleurs rappelé son attachement à cette surface qui a fait de lui l’un des maîtres du jeu avec ses neuf titres à Roland-Garros :

«De plus en plus de tournois passent de la terre battue au dur, mais le dur est une surface plus agressive et il y a de plus en plus de blessures (…) Il y a quelque chose qui ne va pas là, chez ceux qui prennent ces décisions, a-t-il commenté. Et puis, la terre, ça fait partie de l’essence de notre sport (…) Il est important d’être en bonne santé pendant sa carrière mais aussi après. On a une vie et on veut pouvoir en profiter.» Le revêtement en terre battue permet ainsi aux joueurs des glissades en bout de course pour rattraper une balle in extremis, favorisant ainsi le développement d’un jeu plus défensif, pouvant se déployer sur une plus grande surface (souvent en fond de court). Et en plus d’être également plus écologique grâce à sa composition non toxique faite de brique pilée et de Craon, la terre battue a un avantage sur les autres surfaces : elle permet de voir les traces laissées par l’impact des balles au plus grand bonheur des arbitres et des joueurs. Un avantage compensé par l’apparition du hawk-eye sur les autres surfaces (ce que réclament aussi certains joueurs pour la terre battue).

Les prix des terrains

  • Selon le site travauxmondevis.com, la construction d’un terrain couvert coûte moins cher que celle d’un terrain en extérieur (30 000 euros contre 40 000 euros).
  • Un terrain en gazon coûte entre 55 000 et 60 000 euros, en béton poreux entre 30 000 et 40 000euros), en résine synthétique entre 45 000 et 55 000euros) et en terre battue entre 30 000 et  40 000euros.
  • L’entretien s’élève cependant à 3000 euros par an pour un terrain en terre battue, et 5000 euros tous les 5 ans pour l’entretien d’une surface dure (peinture) + 1500 pour le démoussage chaque année. Enfin, il faut compter 25 000 euros pour remplacer un terrain synthétique après 12 ans d’utilisation.

Source : Le tennis en surfaces