Les suspensions pour dopage, secret le mieux gardé du tennis !

Chers amateurs de tennis, bienvenue dans le monde obscur du doute permanent et plus que jamais d’actualité aux J.O. de RIO 2016 en ce moment même…

Parce que le tennis est propre ou plutôt parce qu’on ne cherche pas beaucoup ?

  • Les fans de cyclisme y vivent depuis quinze ans. Mais le tennis est un monde dans lequel un forfait de dernière minute ou une absence prolongée vous feront lever les sourcils. Dans lequel vous demanderez à voir les radios de Nadal à chaque absence pour blessure au genou et le dossier médical complet de Federer s’il annonçait une mononucléose. C’est un monde hostile.
  • Ne blâmez pas les joueurs : ils n’y sont pour rien. Certains trichent, d’autres non, c’est comme partout. S’il fallait se plaindre, c’était auprès de Francesco Ricci Bitti, qui était l’inamovible président de la Fédération internationale de tennis (ITF) depuis 1999.
  • On a déjà évoqué les faiblesses du tennis en la matière, à tel point que les joueurs eux-mêmes réclament des contrôles plus sévères. Mais en réalité c’est la transparence de la fédération qui est en cause.
  • Lorsqu’un(e) joueur(se) est contrôlé positif – par miracle, compte tenu du programme antidopage –, l’ITF et le circuit concerné – ATP ou WTA – le couvrent. L’Agence mondiale antidopage (AMA) laisse les fédérations communiquer comme elles le souhaitent et l’ITF profite à plein de cette flexibilité.

Souvenez vous de la blessure bidon de Cilic !

  • Certains sports annoncent des suspensions provisoires dès le résultat de la première analyse connu – chaque sportif contrôlé positif a le droit de demander une deuxième analyse. Mais les instances du tennis protègent le sportif dopé dans l’attente de son audition devant un « tribunal indépendant » – et nommé par l’ITF. Quitte à valider, par leur silence, les excuses inventées par un joueur pour expliquer un abandon.
  • En juin dernier, le Croate Marin Cilic, 11è joueur mondial, abandonne au deuxième tour de Wimbledon pour un problème au genou gauche qui l’empêche, selon lui, complètement de jouer. Il venait pourtant d’atteindre la finale au Queen’s et d’écarter sans problème, deux jours plus tôt, le très bon Marcos Baghdatis.
  • En conférence de presse, ses explication sont floues. Et pour cause : Cilic n’a pas mal au genou au point de ne pas se présenter sur le court. Il a appris son contrôle positif lors du tournoi de Munich, le 1er mai, comme le révèleront les médias croates fin juillet. Trois jours plus tard, son entraîneur le confirme dans la presse.
  • Mais durant plusieurs semaines, jusqu’à l’examen de son cas par le « tribunal indépendant », le flou a régné : ce n’est que bien plus tard, avec la publication du jugement, que l’ITF a officiellement annoncé sa suspension pour neuf mois – Cilic a fait appel devant le Tribunal arbitral du sport – et que l’on a appris que le Croate avait déclaré forfait à Wimbledon pour éviter une mauvaise publicité.
  • En réalité aucun scandale impliquant un grand joueur n’a eu lieu jusqu’ici : voilà pourquoi le tennis conserve l’image d’un sport aussi pur qu’une tenue de Federer à Wimbledon.
  • Lorsqu’une star du tennis aurait pu être impliquée dans une affaire de dopage, l’ATP, qui organise les grands tournois masculins, l’a étouffée : c’est André Agassi, le joueur en question, qui l’a raconté dans son autobiographie.

Trois à cinq mois de délai après un contrôle est-ce bien raisonnable !

Cinq mois se sont écoulés entre le contrôle de Cilic et la première communication de l’ITF. Trois mois et dix tournois disputés entre l’infraction du Serbe Victor Troicki à Monte Carlorefus de se soumettre au contrôle – et sa sanction. Quatre mois et des fuites dans la presse entre le contrôle positif de la Tchèque Barbora Zahlalova-Strycova et l’annonce de sa – courte – suspension.

Les joueurs eux-mêmes appellent à plus de transparence, de même qu’ils réclament davantage de contrôles antidopage. Andy Murray s’est exprimé sur le cas Cilic :

« Il serait temps que l’on sache ce qui lui est arrivé. Tout le monde sait ce qui se passe, qu’il a échoué à un contrôle antidopage, je ne comprends pas pourquoi ça ne sort pas. »

Suspensions déguisées ?

Sans les fuites dans la presse croate, aurait-on su un jour que Marin Cilic avait été contrôlé positif ? Interrogé par l’agence Bloomberg, l’ancien président de la Fédération espagnole Pedro Munoz a accusé mardi l’ATP d’avoir dissimulé plusieurs cas similaires par le passés.

Il dit avoir accompagné un joueur espagnol à la fin des années 1990 à Paris, après un contrôle positif. L’ATP aurait infligé une amende de 5000 euros au sportif sans jamais révéler le contrôle.

« Nous savons que, traditionnellement, le tennis a souvent prononcé des peines non officielles, déguisées en blessure ou en congé sabbatique, afin de préserver son honneur », disait un ancien responsable du circuit au journal suisse Le Temps en 2009.

En conséquence, toute blessure prolongée ou retraite surprise s’accompagne de rumeurs sur une suspension masquée, alimentés par d’anciens joueurs ou des journaux étrangers :

Les joueurs qui parlent du dopage ? On les fait taire !

L’association des joueurs (ATP) a aussi su faire taire les joueurs qui parlaient trop. Le Français Nicolas Escudé a écopé d’une amende pour l’avoir accusée de cacher des contrôles positifs. Il disait aussi voir « certains joueurs plus frais au cinquième set qu’au premier ».

Le Belge Christophe Rochus a également eu des ennuis pour avoir dit qu’un joueur sur dix se dopait. Du coup, les seuls qui osent sont des champions à la retraite. Le même Rochus, en 2010, à La Dernière Heure, ou Fabrice Santoro, il y a quelques années à la télévision :

« Bien sûr qu’il y en a qui le sont (dopés), comme dans tous les sports où il y a beaucoup d’enjeux financiers. […] On a l’impression que (l’adversaire) a quatre poumons, qu’il respire pas et il vient me battre. […]

Lorsque vous voyez des joueurs partir dans la période hivernale, ils pèsent 72 kilos, ils reviennent en janvier, ils en pèsent 78 avec des bras qui ont doublé de volume, c’est très désagréable. »

Le premier ayant porté des accusations de dopage sur le milieu du tennis était Yannick Noah, en 1980, dans une interview à Rock and Folk. A l’époque, on appelait ça « le doping », Rock and Folk était un « mensuel de jeunes » et Thierry Ardisson, plus flegmatique que jamais, authentifiait sur Antenne 2 à l’époque les propos de Noah :

« Des mecs chargés, j’en vois dans tous les tournois. Et de plus en plus  ! La coke, les amphés et le hasch sont les drogues les plus prisées par les tennismen. »

John McEnroe, Chris Evert et Steffi Graf l’imitaient en 1992. L’Américain lâchait en plein Roland-Garros :

« Si les gens pensent qu’il n’y a pas de stéroïdes dans le tennis, ils se trompent lourdement. Ça se voit quand quelqu’un a pris des stéroïdes. Le mec gonfle, il a un corps tout neuf et n’est jamais fatigué. »

Thèses conspirationnistes

L’ITF, par son opacité, donne du poids aux thèses conspirationnistes. Sur les forums spécialisés, chaque forfait inattendu est disséqué. Certains résultats sont jugés trop louches pour être vrais.

Le président Ricci Bitti n’était pas connu pour sa souplesse, il est probable que l’ère du soupçon précède de plusieurs années celle de la transparence. Son mandat s’est achevait en 2015 mais hélas probablement pas le dopage ni les petits secrets entre amis… !

Sources :
Les suspensions pour dopage, secret le mieux gardé du tennis
Le tennis, ce sport où le dopage n’existerait pas