Histoire incroyable : Quand une aveugle relève le défi !

Nous vous racontons aujourd’hui un épisode hors du commun qui s’est produit sur le circuit pro ou dans le monde amateur. Ce mois-ci, on vous raconte comment l’un des plus grands tournois amateurs français a eu dans son tableau, à la fin des années 80, une participante… aveugle !

En tennis, on parle parfois de coups frappés « à l’aveugle ». Nous renvoyons la balle de toutes nos forces, au diable la retenue et advienne que pourra. Mais voici l’expression rattachée à son sens propre, avec cet évènement survenu en 1988 au TC Forest Hill la Défense. Le juge-arbitre Patrick Flodrops, vedette de la « chaise » à Roland-Garros entre 1976 et 1987, croyait avoir pourtant tout connu avant cet après-midi où « une jeune femme avec un canne blanche et des lunettes noires » est venue s’inscrire pour disputer « ce grand tournoi dont tout le monde parle. »*

Ayant perdu la vue à l’âge de 15 ans (acuité visuelle 0 de l’œil droit et 1 du gauche), Brigitte a tout d’abord tenu à assurer l’incrédule Flodrops de son aptitude à renvoyer une balle. « Je n’ai pas toujours été aveugle. Je jouais bien, j’adore ce jeu. Et j’ai réussi à le reprendre malgré mon handicap. »

Pendant le petit test que les organisateurs lui font passer, le juge-arbitre est interloqué, comme les dizaines de curieux présents. « Marie, du bout de sa raquette, inspecte les lignes du court, touche le filet, semble enregistrer les distances pour prendre possession de l’espace, évaluer les distances. Elle a commencé par cinq ou six échanges sans la moindre faute ! Tout le monde était stupéfait. Sauf quand elle a tenté de monter au filet ou que la balle allait trop vite, elle a fait une prestation tout à fait convenable. J’ai donc accepté de l’inscrire en catégorie non-classée. »

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L’originalité, ou plutôt le message d’optimisme délivré par cette femme, a même attiré une chaîne de télévision, qui a flairé là le sujet fort. Éliminée dès le premier tour mais avec les honneurs (6/2 6/1 d’après les souvenirs de Patrick Flodrops), Brigitte a prouvé que le plus contraignant des handicaps pouvait se surmonter.

« Je sais précisément le nombre de pas que j’ai à faire d’un coin à un autre du court« , a-t-elle expliqué aux journalistes, avant de confier qu’il était plus aisé pour elle de jouer en extérieur, où sa perception auditive, base fondamentale de son jeu, est meilleure.

« On entend plus facilement le bruit du vent qui coupe la balle. »

Et à ceux qui dans les clubs ont osé parfois douter de l’authenticité de sa cécité, elle a lancé un défi, le sourire aux lèvres. « J’aimerais jouer contre eux en pleine nuit, dans l’obscurité la plus complète. Comme ça, on partirait vraiment à égalité ! »

(Julien Pichené)

*A l’image de la Tennis National Cup aujourd’hui, cette compétition se déroulant simultanément dans plusieurs clubs était considérée à l’époque comme le plus grand tournoi du monde en termes de participations.

Source : Histoires extraordinaires : une aveugle relève le défi