Le service-volée : Art subtil capable de dérégler n’importe quel adversaire !

Grâce à la performance sensationnelle de Mischa Zverev, qui a terrassé Andy Murray en montant 118 fois au filet, le service-volée est à l’honneur cette année à l’Open d’Australie.

L’occasion de se pencher sur cet art depuis longtemps raréfié, d’un tout autre tennis, mais dont le pouvoir de fascination demeure unique.

Comme une forme d’espèce protégée, les serveurs-volleyeurs n’ont néanmoins jamais complètement disparu. Mais ils sont désormais en situation ultra-minoritaire, exerçant sur les puristes une fascination jubilatoire qui n’est pas sans rapport avec une certaine idée d’esthétisme de notre sport, ni avec une forme de nostalgie d’une époque aujourd’hui révolue. Mais l’immense Mischa Zverev a remis au goût du jour cet art subtil et magnifique lors de sa sensationnelle victoire à l’Open d’Australie face au n°1 mondial Andy Murray, match lors duquel il est monté 118 fois au filet. Avec un taux de réussite de 55% qui lui a suffi à faire la différence, pour le plus grand bonheur de son père et entraîneur, Alexander Zverev Senior : « on a vu dans les 3è et 4è sets que la qualité de passings de Murray s’est effondrée : à force de le harceler, Mischa est rentré dans sa tête », nous a confié à Melbourne cet ancien joueur talentueux des années 80. « La preuve que quand c’est bien fait, le service-volée peut vous dérégler n’importe quelle machine. Mais ça n’a été possible que parce que Mischa était dans un grand jour physiquement. »

C’est bien là l’un des problèmes, moins souvent mis en avant, du service-volée : son caractère très exigeant physiquement. Sans doute plus encore que l’option « essuie-glace » du fond de court. Pour le comprendre, nous en avons discuté avec le Français Fabrice Martin, « Le service-volée, ce sont des sprints en permanence. Les échanges sont courts, OK, mais violents. Alors que joueurs du fond de court, eux, ils gèrent leurs courses. Ce sont plus des coureurs de fond. Quand tu fais service-volée, tu ne peux pas gérer, le but étant de prendre la balle le plus près possible du filet. Plus tu prends la balle tard, plus la volée est difficile. Je suis sûr que Mischa a fini son match beaucoup plus fatigué que Murray ! »

« Si vous commencez à 20 ans, c’est trop tard » (Pete Sampras)

Cette exigence physique induit aussi une exigence mentale de tous les instants. Mischa lui-même en a parlé après son exploit. « Pour faire service-volée, il faut avoir un état d’esprit un peu différent. On va beaucoup se faire passer et il faut être prêt à l’accepter. » Le service-volée est en effet une sorte de tennis-pourcentage où le déchet est permanent. Il faut être quelqu’un d’assez positif de nature pour ne pas céder au découragement. « Les jours où on est moins bien, c’est difficile, on peut facilement baisser les bras », comme l’explique Fabrice Martin. Imaginez les répercussions que peut avoir cette présence permanente de l’échec chez un gamin en formation. Or, pour être un bon serveur-volleyeur, il n’y a pas de secret : « il faut commencer dès son plus jeune âge », comme le disait le grand Pete Sampras. « Si vous commencez à 20 ans, c’est trop tard. »

Aujourd’hui, les gamins grandissent en voyant des rouleaux compresseurs du fond de court dominer le tennis mondial. La crise de vocation offensive est logique. C’est le serpent qui se mord la queue. Là-dessus, « papa » Zverev se dit que son fils aîné aura sans doute envoyé un « signal positif » aux jeunes : « ceux qui l’ont vu jouer se diront peut-être : « tiens, il est possible de battre le n°1 mondial en faisant service-volée. C’est intéressant. »

Faire service-volée ne s’improvise pas, car au-delà de l’exigence physique et mentale dont on a parlé, il faut également acquérir un véritable savoir-faire technique. Comme son nom l’indique, le service-volée, ce n’est pas un service + une volée. C’est une combinaison de ces deux coups fondateurs du jeu. Là où le gros serveur va chercher le K. O., le serveur-volleyeur, lui, va devoir composer subtilement avec plusieurs paramètres : mettre en difficulté le relanceur, tout en l’empêchant de se régler et en se donnant le temps d’arriver au filet. Une équation à plusieurs inconnues. En fait, « il faut varier en permanence la direction, la vitesse, l’angle et les effets de son service », explique le chef de la famille Zverev, lui-même un bon spécialiste du genre à une époque où, il le concède, c’était « beaucoup plus facile ». Fabrice Martin confirme : « Pour ma part, j’ai un service très puissant mais les meilleurs matches que j’ai fait, ce sont ceux où j’ai réussi à trouver cette qualité de variation. Il m’arrive bien sûr de lâcher de grosses premières mais il faut savoir le faire au moment opportun et garder à l’esprit que si le relanceur arrive à lire ton service et à bien le bloquer, tu es mort. » Varier, donc, et, autant que faire se peut, adopter un lancer de balle le plus uniforme possible quelque soit l’effet choisi. En la matière, le maître absolu restait John McEnroe, dont le service était parfaitement illisible, comme le rappelait Gil de Kermadec dans un extrait de son fameux documentaire (on vous le recommande) intitulé « Roland Garros avec John McEnroe ».

Joueur d’instinct par nature, le serveur-volleyeur, sorte de funambule en permanence sur la corde raide, dénote dans ce monde ultra-cartésien du tennis moderne. Sa mécanique est pure, mais fragile, si bien que le moindre grain de sable peut venir l’enrayer. Aussi longtemps que les conditions de jeu actuelles resteront en l’état, Fabrice Martin, quitte à se montrer peu « corporate », imagine mal son exercice favori faire son grand retour à la mode sur le devant de la scène. Trop exigeant, trop aléatoire… « Sur un match, quand on est super bien comme Mischa contre Murray, oui, on peut en surprendre beaucoup car les mecs ne sont pas habitués à ce style de jeu. Mais sur la durée, ça reste plus payant de « limer » du fond de court. » Quitte à « passer » – c’est le mot – pour un implacable rabat-joie face à ces éternels vendeurs de rêve que demeurent ces artistes contre-nature.

Pour lire l’article complet : Les secrets du service-volée, à l’honneur à l’Open d’Australie

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