Incollable au tennis : Le chat noir d’Ilie Nastase !

Juin 1977, quart de finale de Roland-Garros. Le Roumain Ilie Nastase s’apprête à affronter, en double, la paire Bertolucci-Panatta. Rusé, il s’attache les services d’un élément perturbateur bien singulier pour faire basculer le match à son avantage… un chat. Explications.

Ilie Nastase

Deux Italiens, un Australien et un Roumain. Il n’est pas ici question de blague belge mais de tennis. Du tournoi de Roland Garros 1977 et de son épreuve de double masculin.

La rencontre oppose Bertolucci et Panatta à la paire Bob Hewitt / Ilie Nastase. La délégation italienne est rodée et part légèrement favorite pour atteindre le dernier carré. Mais comme on pouvait le prédire au vu du CV des quatre hommes sur terre, ce n’est pas l’Australien qui va perturber leurs rêves de demies. Plutôt Ilie Nastase. Fin observateur, celui-ci s’est souvenu avant la rencontre d’un repas qui a eu lieu « deux mois avant Roland Garros » : « On faisait un tournoi à Monte Carlo avec Bertolucci et Panatta. On était au restaurant, et, tout à coup, en descendant les escaliers, un chat noir passe devant la voiture. Les deux me disent : ‘Ça porte malheur’ ». Cette superstition, le fantasque Roumain l’a bien notée.

Complice avec les responsables des terrains, Nastase prépare une tactique d’avant-match un peu spéciale : « Je demande à Mabrouk, qui s’est occupé des vestiaires de Roland Garros pendant une trentaine d’années de me trouver un chat noir dans les environs. Autour de Roland, il y avait de belles maisons. Et il me trouve un chat… Mais il n’était pas assez noir ». Persévérant, l’homme aux 2 500 conquêtes, selon un recensement du magazine Maxim, ne s’en laisse pas compter : « Alors je double la somme. Je lui donne 500 francs ! C’était beaucoup à l’époque ! Et il m’a trouvé un chat, noir, cette fois ! ».

Le chat s’est enfui vers Panatta, comme si c’était fait exprès !

L’animal de compagnie aura donc le privilège de disputer son premier Grand Chelem sur le central de Roland-Garros. Et d’en être très vite l’acteur principal. En effet, non content de sa trouvaille, Nastase s’impatiente. Dès la première balle, il fait mine de vouloir changer de raquette. « Je me dirige vers mon sac. Je l’ouvre, je sors le chat. Et effrayé, il s’enfuit vers Panatta. Incroyable ! Comme si c’était fait exprès ! ». Le public est amusé, les Italiens médusés. Ils n’esquissent d’abord mot, avant de se plaindre.

L’ancien tennisman Jean-Paul Loth, présent dans les tribunes ce jour-là, se rappelle de la réaction des pensionnaires de la botte : « L’autre (Panatta, Ndlr) était fou, il l’insultait copieusement, le traitait de tous les noms. Nastase, lui, était hilare ». L’histoire retiendra que la blague a permis à la doublette australo-roumaine de vaincre les superstitieux 6-0 / 6-1. Suite à cela, le public adoube l’agitateur roumain. Du côté de l’organisation, en revanche, quelques dents grincent. « Chatrier, il ne nous a plus laissé jouer sur le Central. Il a dit : ‘C’est pas sérieux ça’. Moi, je faisais souvent des plaisanteries comme ça. Ça allait bien avec mon caractère, je trouve. C’était une façon de me décontracter. »

Pas rassasié pour autant, le natif de Bucarest a continué ses pitreries : « Un jour, j’ai placé une souris dans le vestiaire d’Arthur Ashe. Il détestait les souris. Sinon, il m’arrivait de cacher les raquettes de mes adversaires aussi. » La liste des anecdotes est longue comme les cheveux d’un métalleux, mais Nastase ne peut détailler. Son téléphone sonne. Sur le fond d’écran de son smartphone ? Un chat. Le superstitieux n’est pas toujours celui que l’on croit.

L’anecdote est évoquée ici par Patrice Dominguez.

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